Vous pourriez presque écrire le scénario à l’avance. Ce sont toujours les mêmes disputes, avec les mêmes phrases, un ton qui monte au même endroit, puis le même silence en fin de soirée. Le point de départ change (la vaisselle, un retard, un message resté sans réponse), mais la suite ressemble à celle de la semaine dernière.
Cette répétition fatigue, et elle donne parfois l’impression de se disputer pour rien, alors que l’on tient l’un à l’autre. Elle a pourtant une logique, que l’on peut décrire sans chercher de coupable.
Un scénario en quatre temps pour décrire la dispute
Ce découpage en quatre temps est un repère construit pour cet article, sans validation par la recherche, que votre couple ne suivra peut-être qu’en partie.
- Le déclencheur. Un fait minuscule, comme des assiettes dans l’évier, vingt minutes de retard ou un message lu sans réponse. Il lance la dispute. Il peut aussi réveiller une question plus large dans le couple, par exemple qui compte pour qui, ou qui en fait assez.
- Le reproche. Celui qui a repéré la faille la nomme, souvent sous la forme d’une critique générale : « tu ne fais jamais attention », « c’est toujours moi qui ». Une demande peut se cacher derrière, déguisée en accusation.
- Le repli ou la contre-attaque. L’autre se sent mis en cause. Il se ferme, change de sujet, quitte la pièce, ou bien il riposte en ressortant un reproche plus ancien.
- Le silence. La tension retombe sans que rien soit réglé. Chacun reste de son côté, souvent avec le sentiment de ne pas avoir été entendu. Le sujet de départ est parfois laissé de côté, ce qui peut préparer la dispute suivante.
Prenons un exemple inventé. Camille rentre et trouve la vaisselle de la veille. Elle dit : « Tu pourrais au moins faire attention à la cuisine. » Yann entend un jugement sur lui tout entier, répond « J’ai eu une journée de fou » et part dans le salon. Camille le suit pour continuer, il met son casque. Le soir, ils dînent sans se parler.
Toujours les mêmes disputes : celui qui poursuit, celui qui se retire
Derrière ces disputes qui reviennent, les chercheurs en communication décrivent un schéma de demande et de retrait. Un partenaire critique, réclame ou insiste, tandis que l’autre se replie et évite l’échange. Une méta-analyse de référence (Schrodt, Witt et Shimkowski, 2014) a réuni 74 études. Elle relie ce schéma à une moindre satisfaction dans le couple et à un éloignement émotionnel. L’association est modérée et corrélationnelle : ces travaux n’établissent pas que le schéma suffit à causer l’insatisfaction.
Celui qui poursuit est, dans cette littérature, le partenaire qui ouvre le conflit ou qui veut obtenir un changement, souvent par des reproches, des plaintes ou de la pression. Celui qui se retire se tait, minimise ou s’éloigne. Les effets mesurés sont du même ordre quand c’est la femme qui demande et l’homme qui se retire, et dans le cas inverse. Les rôles ne sont donc pas attachés à un sexe, et ils peuvent s’inverser selon le sujet : l’un poursuit sur le partage des tâches, l’autre sur la vie sexuelle ou l’argent.
Les deux positions peuvent s’entretenir : l’insistance de l’un peut renforcer le repli de l’autre, et inversement. Une lecture possible est que se retirer sert parfois à éviter que cela dégénère, et que poursuivre sert à ne pas perdre le contact.
Un certain niveau de demande et de retrait s’observe pendant les conflits, y compris chez des couples satisfaits (synthèse en accès libre). Un schéma très polarisé et figé peut, en revanche, être associé à une détresse conjugale, à des écarts de pouvoir, voire à de la violence. Les catégories de Gottman, présentées dans Les 4 cavaliers de Gottman, utiles comme repères descriptifs et non comme pronostic, rappellent certains de ces temps. Sur la place des disputes dans la durée d’un couple, vous pouvez lire aussi Pourquoi les couples ne se séparent pas à cause des disputes.
Ralentir un cycle de dispute : des pistes d’usage courant
Ces pistes ne reposent pas sur des essais contrôlés. Elles viennent de l’usage clinique et de pratiques courantes chez les thérapeutes de couple, et sont à ajuster à votre situation.
Certains couples nomment le scénario à voix haute quand il démarre (« on est en train de rejouer la scène habituelle »), ce qui peut déplacer l’attention du contenu de la dispute vers sa forme. Pour celui qui se retire, les thérapeutes évoquent une pause convenue à froid, avec une heure de retour (« je sors dix minutes, on en reparle après le dîner »). Partir sans un mot peut être vécu comme un abandon, alors qu’une pause annoncée donne au repli une limite.
Du côté de celui qui poursuit, une demande précise (« peux-tu vider le lave-vaisselle avant 19 heures ») peut être plus facile à entendre qu’une critique générale. Le moment compte parfois : en fin de journée, quand chacun est fatigué, un sujet sensible passe moins bien. Reprendre le sujet d’origine une fois le calme revenu est une autre piste citée par les thérapeutes de couple.
Distinguer une dispute répétitive d’une situation de violence
Une dispute répétitive n’est pas une situation d’emprise ou de violence, et la différence ne se voit pas toujours de l’intérieur. Les menaces, le dénigrement, le contrôle des activités et des ressources, la privation d’argent sont des violences psychologiques, interdites par la loi (information du gouvernement). Si vous avez peur de la réaction de votre partenaire, ou si vous adaptez vos gestes pour éviter ses colères, les pistes ci-dessus ne sont pas adaptées, et une thérapie de couple n’est généralement pas indiquée dans ce contexte.
Le 3919 est un numéro d’écoute national, anonyme et gratuit, destiné aux femmes victimes de violences, à leur entourage et aux professionnels (arretonslesviolences.gouv.fr). Il est joignable 24 h/24 et 7 j/7, mais ce n’est pas un numéro d’urgence. En cas de danger immédiat, appelez le 17 ou le 112, ou envoyez un SMS au 114 si vous ne pouvez pas parler. Le 3919 s’adresse aux femmes. Les numéros d’urgence ci-dessus (17, 112, 114) concernent toute personne en danger.
Quand un accompagnement peut aider
Il n’existe pas de critère officiel pour décider du moment de consulter. Un schéma qui se fige et se répète depuis longtemps est un signal raisonnable. Si ce sont toujours les mêmes disputes qui reviennent, que certains sujets sont devenus impossibles à aborder, ou que l’un de vous deux commence à envisager de partir sans savoir si c’est ce qu’il veut, cela peut justifier d’en parler à un tiers.
Un praticien québécois observe que plus un couple consulte tôt après l’apparition des difficultés, plus la thérapie a de chances d’être utile, si les deux le souhaitent (son texte). C’est une observation clinique et non un résultat d’essai. Le même texte indique qu’elle peut aussi aider à aborder les étapes d’une séparation.
Une méta-analyse d’essais contrôlés (Rathgeber et al., 2019) trouve des effets moyens après une thérapie de couple, plus petits six mois plus tard. La thérapie centrée sur les émotions travaille sur ce type de cycle, dont l’identification est l’une des premières étapes (description du modèle). Ce sont des résultats moyens, qui ne disent rien de ce qui se passera dans votre couple.
La page thérapie de couple décrit le déroulement d’un accompagnement à Montreuil ; vous pouvez aussi prendre rendez-vous pour un premier échange.
Sources
- Schrodt, Witt et Shimkowski, méta-analyse du schéma demande/retrait, Communication Monographs, 2014
- Synthèse en accès libre sur le schéma demande/retrait (PubMed Central)
- Rathgeber et al., méta-analyse sur la thérapie de couple, Journal of Marital and Family Therapy, 2019
- Description du modèle de la thérapie centrée sur les émotions (PubMed Central)
- Violences conjugales : les aides de l'État pour sortir d'une situation d'emprise (info.gouv.fr)
- Besoin d'aide (arretonslesviolences.gouv.fr)
- La thérapie de couple est-elle efficace ? (UQTR)
Cet article propose une information générale. Il ne remplace ni un diagnostic ni une consultation avec un professionnel de santé. Si vous traversez une période difficile, vous pouvez en parler à votre médecin ou à un professionnel de l’accompagnement psychologique.
