Ce reste, ce peut être la culpabilité qui surgit sans prévenir, l’impatience qui use, la crainte du regard des autres, l’ambivalence envers la femme porteuse, parfois un chagrin que l’on n’arrive pas à nommer. Les futurs parents par GPA sont des couples d’hommes, des couples hétérosexuels, parfois des personnes seules. Leurs parcours diffèrent beaucoup, et certaines émotions reviennent dans les travaux de recherche qui s’y intéressent.
Un mot de cadre, pour que les choses soient claires. En France, la gestation pour autrui est interdite : l’article 16-7 du Code civil déclare nulle toute convention de gestation pour le compte d’autrui (voir le rapport du Congrès des notaires). Cet article ne prend parti dans aucun débat politique ou éthique, et il ne donne aucun conseil juridique : pour toute question de droit, c’est un avocat qu’il faut consulter. Il parle de ce qui se vit, et de la place que l’on peut donner à ces émotions.
Ce que l’on ressent dans un projet de GPA, et que l’on dit peu
La joie existe, parfois immense, parfois étrangement contenue, comme si l’on n’osait pas encore y croire. À ses côtés, on peut trouver de la culpabilité (demander tant à une autre personne, engager tant d’énergie et d’argent, faire un choix que certains jugent), une impatience qui occupe les journées, des peurs : que cela n’aboutisse pas, que la grossesse se complique, que la situation juridique reste incertaine.
Plusieurs travaux de recherche rejoignent une partie de ces ressentis. Une étude récente sur des pères gays devenus parents par GPA à l’étranger décrit une expérience émotionnelle et relationnelle complexe, faite d’ambivalence, d’incertitude juridique et de difficulté à entretenir à distance le lien avec la femme porteuse. Ses auteurs parlent de « perte ambiguë » : quelque chose se gagne, quelque chose se perd aussi, et l’on ne sait pas toujours quoi.
Auprès de couples hétérosexuels, une étude clinique franco-belge évoque un sentiment de transgression lié à l’absence de cadre institué. Ses auteurs rappellent aussi que la GPA ne répare ni un deuil périnatal ni l’impossibilité de porter un enfant : ce chagrin-là peut rester présent, à côté du bonheur d’être parents.
Ces études portent sur de petits échantillons, souvent à l’étranger. Elles n’annoncent pas ce que vous vivrez, elles montrent seulement que ce que vous éprouvez, même contradictoire, n’a rien d’anormal.
La peur du jugement et le besoin de se justifier
Parler de son projet parental peut exposer à des questions que d’autres parents n’ont pas à affronter. Les unes sont bienveillantes et maladroites, les autres franchement hostiles. Il est possible que l’on prépare ses réponses à l’avance, que l’on choisisse à qui en parler et à qui ne rien dire, que l’on se défende avant même d’être attaqué. Une telle vigilance, maintenue longtemps, peut fatiguer, même quand aucun jugement réel ne vient.
Il peut arriver que l’on ressente la pression de devoir faire ses preuves, quelle que soit la composition de la famille. Sur la question de la fonction paternelle et de ce qui la définit, je propose un éclairage dans un article consacré à la figure paternelle.
Dire ce que l’on ressent n’est pas toujours simple non plus. Dans une petite étude qualitative menée auprès de pères israéliens, des hommes disent avoir étouffé leurs émotions en se jetant dans le travail et les tâches domestiques. L’un d’eux juge cette attitude malsaine avec le recul : sa détresse était ressortie de façon incontrôlable. Faire face en agissant est une ressource précieuse, qui peut aussi devenir une façon de ne rien entendre.
La femme porteuse : gratitude, dette et distance
La relation avec la femme porteuse est sans doute la plus délicate à mettre en mots. On lui est profondément reconnaissant, et cette reconnaissance peut côtoyer des sentiments moins avouables : le malaise d’être dépendant d’elle, la crainte de lui devoir trop, l’envie de garder ses distances ou, au contraire, celle de ne rien perdre de la grossesse.
Des cliniciens décrivent chez les parents d’intention un sentiment de dette qui appelle une certaine vigilance. L’étude porte sur six situations seulement (cinq couples sur six ont gardé contact après l’accouchement) : elle montre une possibilité, pas une règle. Une enquête belge sur des GPA où la femme porteuse vient de l’entourage parle, elle, d’une sorte de « dette à vie ». Cette même page rappelle que le vécu psychologique des femmes porteuses reste peu documenté, ce qui invite à la modestie : on sait peu de chose de ce qu’elles ressentent, et chacune est singulière.
Ce que l’on peut dire à la femme porteuse n’est pas toujours ce que l’on éprouve. Ce que l’on peut dire à l’agence, à l’avocat ou à la famille non plus. D’où l’intérêt d’un endroit où ces sentiments peuvent exister sans conséquence, avant de décider ce qui, de tout cela, se partage.
Les étapes d’un projet de GPA : décision, attente, naissance, retour à la maison
Avant de se lancer : la décision
Avant le premier rendez-vous, il y a des mois, parfois des années de réflexion. Les doutes sont nombreux et légitimes : est-ce notre désir à tous les deux, avec la même intensité ? Que fait-on du deuil d’une grossesse que l’on ne vivra pas ? Comment l’annoncer à ses parents ? Cette période est celle où l’on a le plus besoin de penser à voix haute, sans que l’autre s’en trouve fragilisé.
Pendant l’attente : parent dans la tête
L’attente est un temps étrange : on est parent dans la tête, pas encore dans les bras, et l’on ne maîtrise presque rien. Quand la GPA se déroule à l’étranger, on vit parfois à distance de la grossesse, tributaire de nouvelles, d’échographies, de décisions prises ailleurs. Une étude réalisée pendant la pandémie de COVID-19, où les restrictions de voyage imposaient de longues séparations, a relevé chez les pères un lien plus faible avec l’enfant et des symptômes dépressifs, somatiques et anxieux plus marqués. Ce contexte était exceptionnel, on ne peut pas généraliser, mais il rappelle que la séparation et l’attente pèsent.
À la naissance : soulagement, vertige et lien à construire
Le jour venu, les émotions se mêlent : soulagement, émerveillement, peur de mal faire, parfois un étrange vide quand la tension retombe. L’étude israélienne citée plus haut décrit un lien qui se construit, tour à tour porteur d’espoir et de peur, de proximité et d’éloignement. Rien d’anormal à ce que cela ne ressemble pas à la scène imaginée.
Au retour à la maison : le quotidien
Puis vient le quotidien : nuits courtes, fatigue, charge mentale, regards extérieurs, et la question qui s’invite parfois, tardivement : « et maintenant ? » Le couple se transforme, comme tout couple devenu famille, avec ses spécificités. Mon article sur les raisons de se faire accompagner dans son projet de parentalité explique ce qu’un accompagnement peut apporter quand on se croit seul avec ses doutes.
Un lieu neutre pour dire ce qui ne se dit pas ailleurs
Ce qui distingue un accompagnement psychologique, c’est d’abord ce qu’il n’exige pas. Vous n’avez pas à justifier votre choix, à défendre vos raisons ni à rassurer votre interlocuteur. Un lieu neutre ne vous demande pas d’être exemplaire : vous pouvez y dire l’enthousiasme, mais aussi la colère, la honte, la jalousie, la fatigue, le deuil, et voir ce que chacune de ces émotions raconte.
Je suis psychopraticien à Montreuil et je reçois en cabinet comme en visioconférence, ce qui compte quand la femme porteuse, l’équipe médicale ou l’un des parents vivent loin. Parler de son projet de GPA sans avoir à se défendre n’est pas toujours possible dans l’entourage. Ici, ce n’est pas nécessaire. Ce n’est pas un espace pour décider à votre place, ni pour juger ce qui est bien ou mal, mais pour mettre un peu d’ordre dans ce qui vous traverse. Je ne promets aucun résultat, et je ne remplace ni un avocat pour le droit, ni un médecin pour la santé. Si vous traversez un moment particulièrement sombre, un médecin traitant, un psychiatre ou un psychologue peut compléter cette démarche. En cas de détresse aiguë ou d’idées suicidaires, le 3114, numéro national de prévention du suicide, est gratuit et joignable 24h/24.
Si vous voulez comprendre en quoi consiste ce cadre, je l’ai décrit dans l’article sur l’importance de se sentir en sécurité en thérapie. Il est aussi présenté sur ma page consacrée à l’accompagnement à la parentalité et au désir d’enfant.
Commencer par une première rencontre, sans avoir tout décidé
On n’attend pas d’être au bord de l’épuisement pour consulter, ni d’avoir un problème à présenter. On peut consulter avant de se lancer, au milieu de l’attente ou des mois après la naissance, quand la joie laisse enfin la place à ce qui n’avait pas pu se dire. Il n’y a pas de bon moment unique dans un projet de GPA, seulement celui où vous en sentez le besoin.
Si cela résonne avec ce que vous vivez, vous pouvez prendre rendez-vous pour une première rencontre. Nous regarderons ensemble ce dont vous avez besoin, à votre rythme, et vos proches peuvent s’y joindre s’ils le souhaitent.
Sources
- La gestation pour autrui, rapport du 121e Congrès des notaires de France (2025)
- The transition to parenthood among gay fathers via surrogacy: thoughts, feelings and ambiguous loss
- Étude qualitative sur des pères israéliens devenus parents par GPA (PubMed Central)
- Étude clinique sur des parents d'intention, Psychologie clinique et projective (2015)
- Étude clinique sur les parents d'intention et la femme porteuse, Thérapie familiale (2013)
- Enquête belge sur les GPA relationnelles, Université de Liège
- Étude sur la paternité par GPA pendant la pandémie de COVID-19, Reproductive BioMedicine Online
Cet article propose une information générale. Il ne remplace ni un diagnostic ni une consultation avec un professionnel de santé. Si vous traversez une période difficile, vous pouvez en parler à votre médecin ou à un professionnel de l’accompagnement psychologique.
