Vu de l’extérieur, cela peut être perçu comme une qualité de personnalité. Pourtant, en psychothérapie, cette manière d’être cache parfois une souffrance plus profonde : la peur de perdre l’amour ou le lien si l’on cesse d’être irréprochable.
Quand l’amour semble dépendre de l’adaptation
Certaines personnes n’ont pas grandi avec le sentiment qu’elles pouvaient être aimées simplement pour ce qu’elles étaient. Très tôt, elles ont parfois intégré l’idée qu’il fallait être sages, utiles, performantes, discrètes ou agréables pour conserver l’attention, la sécurité affective ou la reconnaissance des autres.
Petit à petit, elles apprennent à observer leur entourage, à anticiper les attentes, à faire attention aux émotions des autres et à éviter tout ce qui pourrait créer du rejet, du conflit ou de la déception.
Cette adaptation peut devenir extrêmement efficace. À tel point qu’à l’âge adulte, beaucoup de personnes ne se rendent même plus compte qu’elles s’oublient en permanence.
Le « faux self » selon Donald Winnicott
Le psychiatre et psychanalyste Donald Winnicott a développé la notion de « faux self ».
Pour lui, certaines personnes construisent une identité très adaptée aux attentes de leur environnement. Elles deviennent la personne qu’il faut être pour préserver le lien avec les autres. Cette organisation psychique permet souvent de fonctionner socialement, parfois même très bien, mais elle peut progressivement éloigner la personne de ses propres besoins, émotions et désirs.
Le faux self n’est pas un mensonge conscient. C’est avant tout une stratégie de protection psychique.
Derrière cette adaptation, il peut exister une croyance très profonde :
« Si je suis parfait·e, alors je serai aimé·e. »
Hypervigilance émotionnelle et attachement
Les travaux de John Bowlby et Mary Ainsworth sur l’attachement permettent aussi de mieux comprendre ce fonctionnement.
Certains enfants développent très tôt une forte sensibilité émotionnelle à leur environnement. Iels apprennent à repérer les tensions, à anticiper les réactions des adultes, à calmer les conflits ou à ne surtout pas déranger.
Cette hyperadaptation ne signifie pas forcément qu’iels sont « naturellement gentils ». Elle peut parfois traduire une inquiétude plus profonde : celle que le lien affectif dépende de leur capacité à répondre correctement aux attentes des autres.
Avec le temps, cette manière de fonctionner peut devenir automatique.
Quand cela continue à l’âge adulte
À l’âge adulte, ce fonctionnement peut prendre différentes formes :
- des difficultés à poser des limites ;
- une forte culpabilité lorsqu’on dit non ;
- un besoin important d’être apprécié·e ;
- une peur du conflit ou du rejet ;
- une tendance à s’oublier dans les relations ;
- une anxiété importante à l’idée de décevoir.
Certaines personnes deviennent alors expertes pour prendre soin des autres, tout en étant profondément déconnectées d’elles-mêmes.
La psychanalyste Karen Horney décrivait déjà ce mouvement comme une tendance à « aller vers les autres » afin d’obtenir sécurité et affection.
Aujourd’hui encore, plusieurs recherches sur le people pleasing et la validation externe montrent des liens avec l’anxiété, la faible estime de soi et certaines formes d’épuisement émotionnel.
Le risque : ne plus savoir ce que l’on veut réellement
Le problème de cette adaptation permanente, c’est qu’à force d’essayer de correspondre aux attentes des autres, certaines personnes finissent par perdre le contact avec leurs propres besoins.
Elles savent très bien ce qu’il faut faire pour éviter de décevoir. Mais elles ont parfois beaucoup plus de mal à répondre à des questions simples :
- Qu’est-ce que j’aime réellement ?
- Qu’est-ce que je veux ?
- Qu’est-ce qui me fait du bien ?
- Qu’est-ce que je ressens vraiment ?
Paradoxalement, plus une personne cherche à ne jamais déplaire, plus les relations peuvent devenir fragiles ou déséquilibrées.
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